
Cela fait maintenant un peu plus d’une semaine que je suis rentré chez moi, en Alsace.
Avec un peu de recul, j’avais envie de faire un bilan de cette traversée. Pas forcément de chercher immédiatement une grande leçon à tirer, mais simplement de regarder ce qui continue de tourner dans ma tête maintenant que l’aventure est terminée.
J’ai parcouru environ 1 100 kilomètres, avec plus de 45 700 mètres de dénivelé positif et négatif. Mais finalement, ce ne sont pas ces chiffres qui me reviennent le plus.
Ce qui tourne en boucle, ce sont les visages.
Les personnes rencontrées. Leurs histoires. Leurs façons de vivre. Leurs parcours. Leurs personnalités.
Certaines m’ont simplement offert un endroit où dormir. D’autres m’ont marqué beaucoup plus profondément. Certaines ont même cassé des clichés que je pouvais avoir en tête, ou m’ont amené à remettre en question certaines choses dans ma propre vie.
Et puis il y a toutes ces personnes qui, après mon départ, m’ont envoyé un message pour me dire que si je repassais dans leur région, je serais à nouveau le bienvenu.
Ça, je trouve ça particulièrement fort.
Parce qu’à ce moment-là, j’ai l’impression que mon aventure dépasse ma propre aventure.
Pendant quelques heures, je suis entré dans la vie de quelqu’un. J’ai découvert ses envies, ses peurs, ses projets, ses opinions, son quotidien. Parfois, en moins d’une journée, j’ai partagé avec une personne des choses que l’on met parfois des mois ou des années à découvrir chez quelqu’un.
Un repas, une discussion, quelques sourires, des rigolades.
Des choses très simples.
Mais des moments qui peuvent devenir très forts.
Et je me rends compte que, finalement, je ne suis pas le seul à repartir avec quelque chose.
Peut-être que ces rencontres ont aussi apporté quelque chose aux personnes qui m’ont accueilli. Peut-être que, le temps d’un repas ou d’une soirée, j’ai moi aussi permis à quelqu’un de sortir un peu de son quotidien, de vivre quelque chose de différent, de construire un souvenir.
Et cette idée me plaît énormément.
Parce que ces personnes ne se sont pas simplement trouvées sur mon chemin.
Elles ont fait partie de mon chemin.
Elles ont laissé leur marque sur mon dossard, mais aussi quelque part en moi. Et pendant toute la traversée, elles ont continué à vivre à travers mes pas.
Chaque fois que j’avançais, je transportais un petit morceau de toutes ces rencontres avec moi.
Maintenant que je suis rentré, tout est redevenu calme.
Je n’ai plus à me demander où je vais dormir le soir. Où je vais manger. Comment rejoindre le prochain village. Quel chemin prendre. À qui demander de l’aide.
Et ce retour au calme est assez particulier.
Au début, il est extrêmement apaisant.
Après plusieurs semaines dans l’incertitude et le mouvement permanent, retrouver un lit, une maison, des habitudes et une forme de stabilité fait énormément de bien.
Mais je remarque aussi quelque chose chez moi : le calme ne reste jamais très longtemps sans devenir une envie de repartir.
Pas forcément repartir immédiatement sur les routes.
Mais repartir vers quelque chose.
Créer quelque chose. Apprendre quelque chose. Me remettre en mouvement.
C’est comme si, après la tempête, le beau temps était arrivé. Mais peut-être que le beau temps n’est pas forcément la fin de la tempête.
Peut-être que tout dépend simplement de la manière dont on regarde les choses.
Aujourd’hui, je suis donc dans un nouveau chapitre.
Un chapitre plus calme, où je peux prendre le temps de me poser, de retrouver mes projets et surtout de laisser cette traversée mûrir en moi.
Je ne veux pas chercher trop vite à en tirer toutes les conclusions.
Je veux encore laisser les rencontres, les paysages, les difficultés et les moments de doute trouver leur place.
Parce que je suis convaincu que les plus grandes leçons de cette traversée ne sont peut-être pas encore complètement visibles.
Elles apparaîtront peut-être dans quelques semaines, quelques mois, ou même dans quelques années.
Pour l’instant, je sais simplement une chose :
je suis revenu avec beaucoup plus que 1 100 kilomètres dans les jambes.
Je suis revenu avec des visages, des histoires, des souvenirs et une multitude de petits morceaux de vie qui continuent de m’accompagner.
Et maintenant, il est temps de les laisser mûrir.
Puis, un jour, de les transmettre à travers le prochain documentaire :
« Les 1 000 km à la rencontre de la France. »