
Ce matin, je quitte Luc-en-Diois avec l’intention de continuer à pied. Mais au bout de quelques minutes, problème : mon application Cartes IGN ne fonctionne absolument pas. Impossible d’accéder à mon tracé, et je ne sais plus vraiment où passer.
Je vais donc dans un tabac pour trouver une carte papier. En la regardant, je me rends compte que les chemins de randonnée que j’avais prévus me feraient faire un énorme détour. Je perdrais finalement plus de temps à suivre ces chemins qu’à faire du stop.
Encore une fois, je change de plan.
Je me positionne pour faire du stop et je rencontre un jeune qui a dormi au bord de la rivière, entre la rivière et une station-service. Il vient de se faire confisquer sa crosse par la police et cherche lui aussi à rejoindre Marseille. On va donc dans la même direction.
On décide de faire du stop ensemble.
Deux minutes plus tard, une voiture s’arrête.
Un peu plus loin, je suis déposé avant La Motte-Chalancon. Puis un couple de randonneurs et parapentistes me prend à son tour et me propose de m’avancer encore un peu vers le sud.
Je me retrouve finalement dans un village avec un lac. Comme j’ai déjà bien avancé grâce au stop et qu’il fait très chaud, je décide de faire une pause et de profiter un peu du lieu.
Mais en regardant la carte, je vois que Remuzat n’est qu’à une dizaine de minutes en voiture. Et surtout, un GR part de là en direction de l’est, vers le Mont Ventoux : exactement la direction que je veux prendre.
Je retends le pouce.
Même pas une minute plus tard, une voiture s’arrête.
Arrivé à Remuzat, je prends un peu le temps de découvrir la ville et son ambiance. Le village est entouré de falaises et de vautours. Je cherche ensuite un endroit où dormir.
Première maison : non.
Deuxième maison : oui.
Je rencontre Michel, 29 ans, avec un profil assez atypique. Il est informaticien, mais pratique aussi l’escalade en haute montagne. Un mélange de deux univers que je trouve particulièrement inspirant. Il vit avec son gros chien jaune, et je passe également la soirée avec Mélissa, une amie.
On va tous les trois au restaurant et on passe un super moment.
Il y a aussi Tao, le chien de Mélissa. Le chien de Michel est blanc, Tao est noir : une sorte de petit symbole du yin et du yang qui nous fait bien rire.
À un moment, Tao se met même à courir après un troupeau de moutons, qui se met lui-même à courir dans l’enclos. Un moment tout simple, mais complètement absurde et mémorable.
Et puis, avant de dormir, Michel me fait une proposition à laquelle je ne m’attendais pas : il me propose de me donner une paire de chaussures neuves, parce qu’on fait quasiment la même pointure.
Mes chaussures commençaient vraiment à être très usées et les crampons arrivaient au bout. J’accepte évidemment.
Après presque 40 jours de traversée, me voilà donc prêt à repartir demain avec une nouvelle paire de chaussures.
Encore une fois, je pensais simplement chercher un endroit où dormir. Et je repars finalement avec bien plus qu’un toit pour la nuit.