
Aujourd’hui, cela fait officiellement sept semaines que je suis parti. Ça commence à faire long, et je dois bien l’avouer : j’ai de plus en plus hâte d’arriver.
Aujourd’hui, je parcours toute la crête de la Sainte-Victoire, l’avant-dernière montagne avant Cassis. La fin approche vraiment.
J’arrive à Trets vers 18 heures et je commence ma recherche dans les lotissements. Mais pendant près de deux heures et demie, c’est refus sur refus, encore et encore. Le soleil commence à descendre, puis finit par se coucher. Il fait de plus en plus sombre et je continue pourtant à avancer, de lotissement en lotissement, jusqu’à arriver dans un petit hameau.
Les maisons sont maintenant plus isolées, en pleine forêt. Je continue de frapper aux portes, mais les refus s’enchaînent.
Et deux fois, il se produit exactement le même scénario : la femme présente dans la maison est d’accord pour m’accueillir, mais un homme — le mari ou le fils — refuse. Je repars donc.
Ça commence à me faire réfléchir. Je me questionne sur cette différence de réaction entre les femmes et les hommes, sur cette forme de méfiance, et je commence même à avoir certaines certitudes sur le manque d’empathie que je rencontre.
Puis j’arrive devant une nouvelle maison et je rencontre Serge, un père de famille. Il me dit malheureusement qu’il ne peut pas m’accueillir : il a énormément de monde chez lui et ne voit pas trop comment faire. Mais plutôt que de simplement me laisser repartir, il prend son téléphone et appelle son voisin d’en face, Auguste.
Je suis un peu réticent. Après tous les refus que je viens d’essuyer, je me dis qu’Auguste va probablement me répondre la même chose.
Mais je traverse la rue avec Serge et Auguste sort de chez lui avec son fils et son petit-fils. Il me dit simplement :
« Il n’y a pas de souci. On a un appartement vide, tu peux dormir dedans. »
Et là, tout change.
Je me retrouve accueilli dans cet appartement alors que, quelques minutes auparavant, je commençais déjà à me préparer mentalement à dormir dehors, à chercher un refuge ou simplement un endroit où m’abriter pour la nuit.
Enzo, le petit-fils d’Auguste, me prépare même un plat de pâtes avec un steak haché et me l’apporte dans l’appartement.
Et en discutant avec Enzo, Peter et Auguste, je découvre quelque chose qui rend la situation encore plus intéressante : cette famille est composée de grands voyageurs. Ils ont vécu et travaillé en Australie et en Afrique, voyagé en Inde et dans beaucoup d’autres endroits.
Finalement, les mêmes hommes que je venais presque de mettre dans une case quelques minutes auparavant sont justement des personnes qui ont énormément voyagé et qui comprennent ce que signifie être sur la route.
Cette soirée me fait donc nuancer mes propres conclusions. Après deux situations où des hommes avaient refusé de m’accueillir alors que les femmes étaient d’accord, j’avais commencé à construire une interprétation. Et puis, quelques maisons plus loin, quatre hommes — Serge, Auguste, Peter et Enzo — m’ouvrent leur porte et m’accueillent à bras ouverts.
Comme quoi, même après 1000 kilomètres, je continue d’apprendre que les rencontres ne rentrent jamais aussi facilement dans les cases que je pourrais leur donner.
Et ce soir-là, je ne pensais vraiment plus trouver de toit.