
Jour 53 de cette traversée de la France. Après environ 1 100 kilomètres, j’arrive enfin à Cassis.
En arrivant par les crêtes, au début des Calanques, j’aperçois la mer. Après toutes ces semaines, cette vision me donne forcément un énorme coup de motivation. Mais une fois dans Cassis, je me rends rapidement compte que je suis dans une ville ultra-touristique. Il est pourtant seulement 16 h – 16 h 30, mais je sens qu’il faut immédiatement commencer à chercher où dormir.
Je me mets donc directement dans le mode « recherche ». Je demande à droite à gauche : des restaurants, des passants, des personnes qui sortent des bateaux sur le Vieux-Port, un club de plongée… Mais les réponses sont toujours les mêmes : pas de place, pas de solution, ou simplement pas possible.
Au bout d’un moment, j’arrive dans un petit restaurant. Le gars me dit de repasser dans vingt minutes, le temps qu’il réfléchisse. Je repars donc chercher d’autres solutions, puis, une vingtaine de minutes plus tard, je me dis que je n’ai rien à perdre à retourner le voir.
Il me dit alors d’aller voir Marie, qui est assise à la table d’en face et qui tient un restaurant à la décoration entièrement jaune. J’attends qu’elle termine sa conversation, puis nous allons la voir. Elle me donne directement un numéro de téléphone : celui de sa mère, Patricia, qui aurait peut-être une solution pour moi.
J’appelle. Une dame décroche, mais elle est en mer sur un voilier et la communication passe très mal. Malgré ça, je sens immédiatement qu’elle est bienveillante. Je lui explique rapidement ma situation et je lui dis que je la rappellerai dans deux heures si je n’ai toujours rien trouvé, parce qu’elle n’arrive sur terre seulement vers 21 h ce qui commence à faire tard.
Je repars donc chercher.
Et là, j’enchaîne les refus.
Encore et encore.
À un moment, je suis même devant la porte d’une auberge de jeunesse. Je suis littéralement sur le point d’y entrer quand je reçois un message de Patricia. Elle m’envoie son adresse et me dit qu’elle n’est pas encore rentrée, qu’elle m’appellera lorsqu’elle sera dans sa voiture, mais que je peux déjà commencer à me diriger vers chez elle.
Il est 20 h 30. Il fait nuit. Je suis juste devant l’auberge.
Et pourtant, je n’ai pas envie d’aller dans cette direction-là. Après tout ce que j’ai vécu pendant cette traversée, j’ai envie que cette dernière nuit soit encore une fois quelque chose d’unique, avec une histoire, une rencontre. Tout au long de l’aventure, des gens m’ont fait confiance. Alors, pourquoi ne pas faire confiance à Patricia, qui, elle aussi, me fait confiance alors qu’elle est encore en pleine mer ?
Je pars donc.
Quarante minutes de marche dans la nuit pour rejoindre une adresse que je ne connais pas.
J’arrive devant une résidence sécurisée. Patricia m’a donné un code : je le tape, le portail s’ouvre. À l’intérieur, plusieurs maisons. Je cherche le bon numéro.
Et finalement, je trouve la maison.
Je lui envoie un message.
Elle me répond simplement que les portes sont ouvertes et que je peux rentrer m’installer dans le studio.
Elle me laisse entrer chez elle alors qu’elle n’est même pas là.
Après 1 100 kilomètres, je trouve assez fou de vivre encore ce genre de moment.
Et il y a un dernier petit détail qui me marque.
Au moment où j’ouvre le portail de la maison de Patricia pour entrer dans son jardin, je lève les yeux et une étoile filante traverse le ciel juste au-dessus de sa maison.
Je reste quelques secondes à regarder le ciel.
Après tout ce que je viens de vivre, cette dernière porte, cette confiance, cette arrivée à Cassis… et maintenant cette étoile filante.
Je ne sais pas si ça veut dire quelque chose.
Mais forcément, à ce moment-là, je le prends comme un petit signe.
Patricia finit par rentrer 10 minutes juste après moi. On discute, on mange un morceau ensemble et je découvre enfin la personne derrière cette dernière porte.
Demain, direction les Calanques.
Peut-être même qu’il sera possible de rester une deuxième nuit ici.
Mais surtout, demain, je vais enfin mettre les pieds dans les Calanques pour aller chercher la ligne d’arrivée.